Coin de rue (vers la Marne)

 

 

 

parfois je me demande – la chanson qui fait Don’t explain – une chanson d’amour qui fait aussi I’m so completly yours – non mais tu sais tout oublier, on s’en fout, l’important c’est d’être en vie – ce genre de romantisme qui me plaît – des images dont on ne comprend pas le sens immédiatement –  celle-ci par exemple

immédiatement antérieure à

quelque chose interroge – l’opel (il faut le savoir certes) déjà – puis le Monza aussi – la plaque noire réfère à la collection  – on s’en fout hein, le truc qui consiste à suivre et à dans les pas de précédent mettre les siens – le lien va à un billet magnifique (toute modestie mise à part : ce n’est que moi – peut-être y manque-t-il les actrices que j’aime – peu importe) – alors on cherche (et on trouve) (ou l’inverse) ici en 2008

d’un peu plus loin (le robot ne fait pas dans la dentelle tsais – il ne considère rien : il prend – c’est sans doute pourquoi  tout en l’adulant (pour les traces qu’il laisse) on le hait – tout autant) – il passe, il vole, il mémorise (2014)

plus d’auto à ce moment-là – la maison vit est habitée (on y entre, on en sort comme d’un moulin)

il me semble reconnaître l’auto (2016) – plus loin

un angle, un croisement, deux rues – une ville de banlieue – des voitures garées devant le porche –  de loin j’ai le sentiment qu’il s’agit de la Monza (mais ici elle est blanche – il en est peut-être deux – plus tard encore (2018)

la chose a changé (on discerne peut-être une petite fiat : approchons, voulez-vous

ça se peut) (qu’est-ce derrière ? je ne sais pas) (en tout cas, tout ceci est assez vivant) – puis plus personne

(2021: la Monza est là) (tandis que le confinement s’est de nos vies éclipsé) – 2022 : plaque d’immatriculation jaune…

stase semble-t-il – ici 2023

semblable à l’image prise par Caroline – juste en passant (plus tard aussi, en passant) – je ne cherche pas tellement plus – je trouverai sinon – j’aime ce soleil et les taches qu’il laisse sur l’entrée – je repose ici ma danse (je suis de face en marcel, mon ami le sanaryote est de dos, devant moi, on a bu et on rit – il est cinq heures et demie – il y a une chanson qui passe –

on danse
il fait doux
le reste on s’en fout
à vous…

 

et notamment en spéciale dédicace à l’amie Caro
(c’est-à-dire aussi qu’il n’est pas question de laisser abandonnée cette maison-là – quand même le cinéma la déserterait – ce ne sera pas le cas – on y travaille – on est là)

 

 

Il ne reviendra pas

 

 

 

Il y a pas mal de portraits dans les temps qui sont miens – ces temps-ci, j’ai la furieuse conviction (mais si ferme, cependant) que ces temps-là sont comptés – depuis cet été et cet accident, AIT dit-on, la neurologue était assez pour, pas complètement, peut-être bien oui, depuis le dry qui dure sans durer – des portraits donc, tout à l’heure le nino s’est mis en mode selfie/moi-même/automatique – ça m’a déprimé vaguement – je reviens trouver ces quelques images, en portraits – un portrait magnifiquement interprété par Fernanda Torres – celui d’Eunice – un film brésilien, on y parle portugais – la dimension intersectionnelle apparaît en filigrane – on s’en fout, peut-être un peu, mais cependant le film est critiqué par l’ordure alors au pouvoir (en 1971) (ce qui lui donne sans doute une dimension supplémentaire –  car s’il déplaît aux immondes c’est qu’il est doté de certaines qualités) – il y a pas mal de photos c’est le début des années soixante-dix au Brésil – de l’autre côté des Andes Salvador Allende a pris le pouvoir – une famille heureuse, Copacabana Rio de Janeiro toute la vie, toute la vie…

il y a des bruits de bottes, il y a des exécutions sommaires, on pense au bouton de nacre évidemment, il y a de la pourriture partout (ça vous a un air furieusement contemporain) – mais ces deux-là s’aiment (Eunice, et son mari Rubens – Mello Selton – et il en est de même de leurs enfants – résistance à l’oppression – et puis

il ne reviendra jamais 

le sait-on ? On le sent – la voiture rouge le sourire le soleil – adieu – tu sais ce genre d’histoire (je pense à Attila, à César, à Staline) ce genre d’histoire me blesse – laisse oublie : non – la plage 5 heures du soir

ce sourire – peu de choses mais complètement tout s’enfuit tu sais, plus personne attendre, non – rien

elle seule avec ses enfants (ils et elles l’aident) – avancer en âge – ne rien laisser aux meurtriers tu sais – ne rien publier, se battre  continuer – être là -formidablement : une image , un portrait de cette famille, sans père : pourquoi

le pourquoi fait suite à « ne pas sourire » – ne pas sourire – le monde veut que nous soyons tristes, il nous veut blessés, il veut  que l’horreur nous submerge

nous sourirons, nous aurons la joie de notre côté,  quand même ils nous auront (ils, tu sais bien, ils) battus humiliés meurtris – nous (leur) sourirons

sourires magistraux – non,rien – rien ne leur sera laissé – nous nous battrons –  nous aimerons la musique nous aimerons la danse, nous aimerons être égaux – car nous le sommes – des années de lutte

faire survivre la mémoire de Ruben, survivre malgré les tortures, les meurtres, les déchirures, malgré la loi du plus fort – continuer tu sais – jamais le fascisme ne gagnera jamais, ni là-bas ni ici – jamais

jamais…
Et que vive le cinéma

 

Je suis toujours là, un film (magnifique) réalisé par Walter Salles

Pont du 18.2

 

 

 

 

En deux épisodes (ici le un) – pour quoi faire – pour ne pas oublier sans doute – sur le pont, côté dix-huit : à la fin, je reposerai la glose municipale où le mot couleur est singulier (probablement pour indiquer que celles-ci sont un procédé qui est ici exposé – OSEFU2P*) et donc continuons (pourquoi à la fin ? par pure superstition – sinon je n’avais que treize clichés – mais je ne sais pas, en cette occurrence,  compter…)

un chat sur un garde-corps – un drap qui cache (ou protège) l’intérieur – les images sont sous verre, vous avez alors des reflets (vaguement le sentiment qu’on a déjà inventé les verres anti-ça mais est-ce que ça donne vraiment satisfaction ? je ne crois pas) – ici il faudra aller voir  à l’adresse

( « madame si tu voulais on irait à l’hôtel » chantait en ces temps-là Léo) – c’est là

la ville évolue – j’irai de visu chercher le cliché (en ce temps-là, TNPPI travaillait dans ce magasin-là qui appartenait à une de ses amies – décoration d’intérieur (nous vivions rue de Lille dans une pièce à deux cents francs par mois, en liquide car il n’y a pas de petit profit, donnés à la concierge, mère du propriétaire de l’immeuble trente-deux : c’est TNPPI qui nous l’avait trouvée) (elle vivait d’ailleurs à l’hôtel, à cette époque là et au Montalembert – les années suivantes verront son train de vie se réduire, elle ira s’installer sur celui du quai) – un quai, deux marins

Gare de Lyon indique-t-on – je pense aux parapluies de Cherbourg plutôt – va comprendre… Alors  des inscriptions

est indiqué Rue Hyppolyte Maindron Paris 14 – 1967 – cordonnerie dans cette rue ? pourquoi pas – elle croise celle de la Sablière pour laquelle le rédacteur a une tendresse toute particulière, il aime assez pour tout dire ce quartier-

(le Gobelins trente quatre-vingt-dix_neuf qu’on dédie à Modiano) quartier qui, d’ailleurs, a depuis été complètement désossé – remis à neuf – reconstruit – le bâtiment qui va – comme la ville et la vie – toujours

il y avait du travail, c’est vrai, il y avait à faire – Paris 1967 –

Une quarre chevaux… – suivant

motard fumant – c’est plutôt un coursier je suppose – reflet trop puissant

l’appareil y fait le point (d’ailleurs, on me l’a volé) (pas le point, l’appareil) ce qui fait que je ne lis point la légende pour la retransmettre ici – sans doute y repasserai-je – ici il n’indique rien

(sinon Paris 1967) là non  plus

sinon Paris 1988 – je verrai bien le treizième – je me trompe sans doute – la pluie aussi, l’orange de la deux-pattes, les deux Peugeot – le »Châlets Jacques Pernet Immobilier Bernard Michel » –

le cadre dans le cadre dans le cadre – en date de 2019 – et la dernière

les couleurs des fleurs du jardin du Luxembourg , en 2019 tout autant – qui vous a un vague air d’année dernière  à Marienbad (et un salut à Delphine Seyrig, pour la peine) – ainsi donc

se clôt

la visite – sur le pont, où le vent semble une brute raffolant de nuire à tout le monde.
Mais en vrai, seulement aux fâcheux.

J’adore le vent.

Ces deux épisodes évidemment dédiés au photographe et à sa compagne.

 

*RAF : rien à fiche, foutre, faire
* OSEFU2P : on s’en fiche/fout un petit peu

 

 

Pont du 18

 

 

dans les faits, le pont se trouve entre le 10 et le 18 – l’exposition ici présentée est installée côté 18

il y a un truc qui me dit « tu t’éparpilles » et c’est vrai (façon grenade à fragmentation dirait un acteur interprétant des dialogues d’audiard michel – lequel collabora au je suis partout de la première moitié des quarantièmes années du siècle dernier – de l’histoire ancienne incongrue oubliée – et se battre pour d’autres que les siens est-ce bien légitime ?) (l’opportunisme règne – je continue : un mois pratiquement sans maison, quelle horreur…! ) – il y a une exposition d’images photographiques sur le pont qui passe au dessus des voies de la gare du Nord Babylone – elles ont été réalisées dans les années soixante du siècle précédent alors je les pose ici, ce seront réminiscences remémorances mémoires ou simplement des images qui ne montrent, comme toutes, qu’une partie, infime partielle et partiale, d’une espèce de réalité d’alors (j’avais dix douze ans)

On la présente en deux épisodes

Ça commence par des explications lesquelles se retrouvent en bout de course – ça fait qu’il n’y a pas de début – et donc c’est sans fin – je n’aime pas la dénomination de ce pont qui m’apparaît un peu comme le changement pour le golfe par ces salopards de gougueule (usurper le nom d’un pont sur le Tibre est une attitude obscène, typiquement contemporaine, j’entends bien) – on en déduit logiquement qu’il s’agit d’une exposition sans queue ni tête – il s’agit de cette municipalité (on ne va pas cracher dans le cadre mais enfin…)

RAF* de la glose (on remarque, cependant, que de couleur, au titre, il n’en est qu’une…)

je la pose quand même par acquis de conscience disons – il y en a deux ou trois de loupées, je les reposerai peut-être – il y en quelques unes où on discerne l’opérateur en casquette arrosant l’arrosoir et l’arroseur tant pis – dans l’ensemble elles donnent un ton – c’est de la couleur, sauf peut-être celle du parc Montsouris – mais comme c’est la neige…

on commence – l’oiseau, le vélo, le pont suspendu : c’est juste là

prise du haut d’une des tours cathédraliques – je suppose – gauche cadre la librairie Shakespeare et compagnie ( on ne fait que l’imaginer)

(une image dédiée à Modiano je suppose)

la garde républicaine passe – la légende à peine visible dit « Saint Michel, Paris 5° » : très bof ça me semble plus le débouché de la rue de Bièvre (non, des Bernardins) – mais je n’aime pas qu’on ne prenne pas garde aux détails – dans ce genre-là (par l’automate)

le pont est celui de l’Archevêché il me semble .
Continuons sur la voie : Troka sur la rive droite

ou alors

70 ans plus tard – non mais ce ne sont pas comparaisons –

presque un autoportrait (je ne lis pas la légende- j’y retournerai je la referai je la reposerai) – j’ai vaguement le sentiment de distinguer la choucroute (le campanile surtout il me semble) à l’ignoble thiers – un profil

il est indiqué Paris au téléobjectif – ah – les toits en tout cas – voici celle en noir & blanc il me semble bien

je me rends compte qu’on ne lit pas les titres (assez truistiques d’ailleurs) – il est écrit  BERNARD PLOSSU | Parc Montsouris, Paris 14°, 1967 – 

 

Rue de Nevers Paris 6° laquelle indique un peu l’appartement des Modiano après guerre – ou à peu près

suivre poser ses pas dans les pas avancer et transmettre

Gare de Lyon, Paris 12° 1967 | Paris 1967  – le reflet, ce type de voiture (roue de secours – il y a là aussi une 4 chevaux je crois

Paris 1967 – pension occasion bois & charbons – 

On continuera.
On trouverait des images du photographe et de ses amitiés amours et autres de familles ici.

 

Cuisine 2

 

 

 

le 18 du mois dernier, dans un éclair de lucidité irradiant une psyché sans doute embrumée et défaillante étaient écrites ces quelques lignes :

Ils étaient les brigades rouges (2011) réalisation Mosco Levi Boucault (impek), quatre entretiens avec les guerilleros qui attaquèrent le « convoi » au matin du 16 mars 78 vers neuf heures du matin (une dizaine de photo-télégrammes) – où on parle de l’activité sexuelle des brigadistes (raison pour laquelle le réalisateur se fâchera avec Mario Moretti, le chef du « commando » qui ne voulait pas que cette mention libidinale soit abordée – au point de faire retirer son nom de la jacquette du dvd) (les trois autres intervenants : Valerio Morucci, Prospero Gallinari (aujourd’hui décédé) et Raffaele Fiore

On se (et vous) propose donc ici d’élucider une part de ce film en présentant des portraits rapidement ébauchés de ces quatre personnes qui eurent un rôle de premier plan à jouer durant ces journées de terreur (de la mi-mars au 9 mai 1978). Ces quatre personnes furent arrêtées par la police dans le début des années 80, jugées, emprisonnées. Elles livrent ici leur rôles et les raisons de ce qu’elles ont commis : en l’occurrence, une volonté de prise en compte des conditions de vie ouvrières et une volonté politique de les faire changer. En mieux, et si possible, humainement. Pour cela, une seule solution (à l’état d’ébauche, au début des années 70, puis progressivement se détournant vers la lutte armée à la fin de cette décennie rouge sang) : la révolution.
Pas plus, mais certainement pas moins.
Elles ont échoué : il se peut que cette défaite soit due à l’escalade, provoquée pour une bonne part, par le pouvoir en place (lui-même guidé et aiguillonné par une extrême-droite et des restes foisonnant d’un fascisme qui tenait le pays pendant une bonne vingtaine d’années, avant guerre) pouvoir qui les poussait à toujours plus de lutte armée (on dit surenchère). Elles suivirent par là (ces personnes, et les Brigades rouges – et les autres groupes armés, probablement) et prirent au pied de la lettre l’une des maximes marxistes qui fonde la révolution, soit que « l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes ».Ou alors « la révolution vogue sur un fleuve de sang ».  Mais sans la force, comment faire pour que les choses adviennent ? Ce type de question, aujourd’hui même, aujourd’hui, semble d’une actualité de terreur…

Essai qui fait suite au Cuisine 1 ici posé il y a quelque semaines.

Les événements antérieurs à ce rapt, cet enlèvement, cet assassinat, seront explicités dans un billet à paraître demain, pendant le week-end donc.

Ici la scène, ce matin-là (dix heures trente)

On distingue les trois voitures : la première, blanche, est celle que conduisait Mario Moretti – la deuxième, noire, est celle où se trouvait Aldo Moro et deux membres de son escorte – la troisième, blanche, celle des trois autres membres de l’escorte d’Aldo Moro (les cinq membres de cette escorte seront impitoyablement tués durant le rapt).

Le film raconte les raisons de ce rapt (on explicite ces raisons dans un autre article) et donne la parole à quatre des dix (ou douze) membres de ce commando. À Mario Moretti, donc, le « chef » de ce commando, qui conduisait la voiture blanche et à trois des quatre guérilleros qui, grimés en pilote d’avion, firent feu sur l’escorte et la décimèrent en moins d’une minute, ce matin-là.

Allons-y. Voici (dans l’ordre d’apparition à l’image) Prospero Gallinari (1° janvier 1951, 14 janvier 2013 ) – ici en 2011, avec ses lunettes de soleil

(32 ans de prison, en semi-liberté pour des problèmes de santé) – là chez lui, sans lunettes

c’est lui qui s’occupait de nourrir et soigner Moro dans la « prison du peuple » – on le voit ici qui montre ses poings fermés en signe de combat au procès de Turin (1974, il a 23 ans) ouvrier chez Siemens

Puis voici Valerio Morucci (22 juillet 1949 – il a 28 ans au moment du rapt) colonne de Rome, petits boulots et joie de vivre

libéré après quinze ans de prison – il se chargeait de porter les lettres de Moro (avec Adriana Faranda), et les communiqués des Brigades rouges aux journaux (plus tard, dans les années 90, il semble qu’il ait été recruté par les services de renseignements italiens – ces histoires-là, pléthores et foison ,constituent en Italie une vraie mine d’or éditoriale et fantasmatique tant qu’elles en deviennent une discipline intitulée diétrologie… ) (on a pour notre part ici une forte réticence à prendre en compte ces élucubrations – et on tente aussi, d’éviter ce type de gouffre sans fond, une espèce d’égout où se trouverait tout et surtout n’importe quoi).

Puis Raffaele Fiore (7 mai 1954 – 24 ans lors du rapt)

ouvrier lui aussi aux usines Breda (colonne de Turin) (condamné à 31 ans de prison, libéré) et puis Mario Moretti (Brigades rouges historique – 16 janvier 1946 – technicien Siemens, 32 ans au moment des faits – perpétuité, dort tous les soirs en prison)

 

 

Matria

 

 

 

on doit en produire dans le monde plusieurs milliers tous les ans, c’est vrai qu’ils ne sont pas tous non plus tellement bien – la plupart est merdique je dirais – mais ça en laisse encore quelques centaines à voir – un par jour peut-être ? – les études étaient faites de trois ou quatre par jour, pas tous les jours, mais très souvent – au moins un – l’entrée par la sortie au Balzac ou ailleurs (en école de cinéma, on peut encore prétendre aux exos mais pas à la fac) – toujours est-il qu’on en rate et celui-là est passé au travers : le voilà.
C’est une histoire peut-être banale de nos jours : une histoire de prolos ce qui n’est pas si fréquent cependant. Balotté.es, éreinté.es, étrillé.es. Mais vivants. Encore et toujours. Ici c’est une femme. Elle

c’est Ramona (Maria Vazquez – rôle en or, interprétation splendide) n’a que son corps : le travail en usine de conditionnement de poissons; puis aussi sur un bateau de pêche (plus infiormel)

puis encore ailleurs à la maison – la troisième journée

(oui, on dirait Jeanne Dielmann, oui) – une fille d’un autre lit comme on dit, presque adulte, à qui elle veut payer des études; un homme à qui elle se refuse – en vrai c’en est trop, elle n’en peut plus

vraiment : elle fume (trop), elle boit (un peu trop aussi) – et puis les choses étant ce qu’elles sont, voilà qu’elle envoie paître son patron d’usine qui veut baisser les tarifs horaires (les choses sont ce qu’elles sont et les prolos n’ont qu’à affirmer leur loyauté : sinon, c’est la porte et elle est ouverte : si le salaire ne permet pas de vivre, nous ne sommes plus salariés mais esclaves, comme on sait). On pense (oui) au Daniel Blake de Ken Loach (2016) : Ramona cherche du travail, sonne ici, va voir pour le chômage, visite l’agence de placement, retourne ailleurs cherche encore – la vie étant ce qu’elle est, Ramona a une amie – elles se retrouvent, boivent et envoient paître des hommes qui aimeraient bien aller plus loin, rient ensemble

se disputent – puis

défaillent, pleurent – la pluie – le désespoir

et puis cherchant quand même, arrivant chez un homme, veuf vaguement timide

bougon – mais elle, forte et puissante même dans son empathie spontanée (son amitié avec le chien du veuf, puis son aide lorsqu’il veut changer de forfait téléphonique) – puis son travail, qu’elle fait avec constance – puis une espèce d’intimité qui se créée

un tournant certainement – sa fille fait aussi quelquefois des siennes

ce n’est pas qu’elle n’ait plus besoin de sa mère mais elle veut vivre sa vie, et Ramona comprend – particulièrement formidable dans ce film quelques fois des plans qui durent (ici, une merveille : elle s’assoit, un banc, un jardin public, et elle fatiguée sans doute, attendant que son patron revienne pour le reconduire chez lui

assise elle attend – très lent travelling avant 

puis attend encore, ferme les yeux – le temps – et la camera s’approche, lentement, d’elle – lentement…

Et puis et puis… le film continue et la vie reprend – reprend – et reprend encore…

 

Matria, un film espagnol (la Galice et l’océan) réalisé par Alvaro Gago (un premier long métrage (si on peut se permettre) : très prometteur)

 

 

soixante-huit

 

 

je ne sais trop par où m’est arrivée cette livraison – des images que j’ai trouvées importantes parce qu’elles me font souvenir de la jeunesse – le temps en est passé – mais rien ne nous empêchera d’y penser, d’en rêver et de vouloir y adhérer, recommencer, continuer et prendre appui sur la rue… ce sont encore des images qu’il ne faudrait pas divulguer (ce sont des captures d’écran, et je ne vais pas m’amuser à demander ici là ou ailleurs les imprematurs des ayants-droit – je ferais comme pour l’autre, là (non, y’a pas de lien, non) pour les années quatre-vingt d’or de Chantal Akerman : si ça ennuie j’ôte je laisse en brouillon – et ça restera tranquillement un moment – osef pas mal – je ne voudrais pas non plus que cette maison subisse et encourt quelque péril que ce soit) – mais ce sont des moments où je me souviens du poste transistor dans la chambre, le soir sur une radio périphérique (qui s’est abîmée sous la botte de l’abject fascistoïde – pourriture boulonnaise mise au monde un premier avril, tu parles d’une blague…) – je me souviens je n’avais pas quinze ans – cette image-là pour commencer peut-être

rue Claude Bernard je suppose – Gay-Lussac peut-être – de stock (noir et blanc : apaisé) (dans le dossier images du bureau) (je ne sais à qui l’adresser) il y avait des remugles parce que la plupart des gens installés étaient gaullistes – et les autres se battaient un peu – je ne sais plus bien – penser à autre chose certainement (les motos les filles l’amour sans doute, quelque chose de cet ordre) – rien de politique (encore que…) – puis ces images : d’un côté

de l’autre

la bataille

le feu

encore le feu

qui continue

ce sont des images d’un photographe  (Claude Dityvon – je ne le mets pas en étiquette)

décédé il y a plus de quinze ans – couvrait les événements (les événements, hum)

ce n’était pas papon l’ordure en préfecture parisienne – mais un Maurice Grimaud qui lui succède et tient ses forces dans une espèce de respect de la vie humaine – six morts, plus trois un à Flins le 10, deux à Sochaux, le 11 juin : ce n’est pas rien mais c’est autant que celles et ceux de la seule manifestation de Charonne, en 1962 sous l’immonde justement –

des centaines de blessés

des images qui témoignent (un peu)

et puis des lendemains difficiles(ici devant le musée Cluny)

je ne tiens pas à oublier; je ne tiens pas non plus à ce que ça se reproduise (mais l’ambiance le mériterait grandement) (tu sais quoi ? l’espoir n’est jamais perdu)

 

Photos de famille (2)

 

 

 

si ça se trouve je vais encore me faire admonester « non c’est pas bien »
vous n’avez aucun droit sur ces images
dans cette maison[s]témoin en plus qui n’appartient à personne
et donc à tout le monde justement
je suis simplement allé au musée et j’y ai pris quelques clichés

allons, il y a ici bien d’autres images de cette exposition – j’y ai retrouvé quelque chose de mon enfance voilà tout, je vous les livre elles m’ont plu – elles datent de 1958 à 1961 – la guerre (pardon,la pacification) a commencé en novembre 1957…

ici une échoppe d’un marchand ambulant

là un môme (ce pourrait être moi, comme la plupart des  mômes qu’on verra) devant une autre de ces échoppes

je remarque la qualité de la lumière (le soleil qui frappe je le ressens) et les chaussettes du type, là

toute (enfin, quelque peu, un bon peu) une ambiance, mon enfance sans doute (dauphine, 4 chevaux, 403…)

vendeur ou acheteur ? 

barbapapa (le sourire, les sourires…)

hexis vestimentaire

porteur

les deux amis

les sourires oui

je pensais au voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 1948) – la lumière, les bâches aux fenêtres

ce sourire, un peu comme quand on passe à la télé ou à la radio, on se sent quelqu’un d’important, on est dans de « bonnes dispositions » – hexis vestimentaire encore

il devait y avoir certainement des explications plus poussées,plus précises,mais je n’ai pas retenu (des textes il me semble bien)

quelque chose d’haussmannien…

quotidien

ici ce sont beaucoup des hommes – on verra plus loin, un peu plus de femmes

le sourire, le soleil et l’ombre –

à peine, le sourire… difficilement – ici une femme donc

beaucoup d’images (l’Algérie et ses quatre départements français…) : hexis féminines

ma préférée (on le croirait au nino…)

et pour finir, ce cinéma

Marina Vlady (épouse du réalisateur), Odile Versois (sœurs à la ville, ainsi que Olga Poliakoff, assistante à la réalisation) , Robert Hossein (qui réalise…), au Midi-Minuit (sortie outremer : 1959), dans Toi le venin (d’après le roman de Frédéric Dard) – une histoire de famille…

 

Sur les pas du voyage virtuel au pays des rêves

 

 

 

en réalité (?) ça m’est assez égal : le fait que les billets d’ici se taisent depuis le 16 décembre – je fais revivre cette affaire – en réalité (encore ?) je (me) dois de poser un billet par semaine – le verbe de la phrase précédente est à expliciter (la parenthèse en éprouve le sens) (je regarde en arrière : position le 17 mai 2015 – premier article (est-ce bien un nom, un attribut, une dénomination ?) 13 mai 2015 – bientôt dix ans : continuons – sans doute cela ne sera-t-il pas publié ailleurs (nous verrons) (cette parenthèse pour l’éventualité du lien – il semble que ce soit par ces liens que se construise quelque chose de la culture contemporaine – de son existence même puisque harassée torturée vandalisée de toutes parts et notamment du côté de celle des institutions qui nous (nous autres contribuables) appartiennent cependant (car, au fond qui a élu la du machin sinon 37% des un peu moins des 70% des légitimes votant.es –  soit 19% du corps électoral – pays de Loire, quand vous nous tenez… – lequel ne constitue certes un corps qu’aux yeux d’une comptabilité insigne je reconnais – mais je regarde : un sur cinq : ah bon  c’est suffisant ?  eh ben mon colon – je ne veux pas aller voir chez le type (obscène,  indigne, abject) de Rhône-Alpes aux mêmes fonctions) (je ne nomme pas l’immonde)
mais un.e sur cinq putain réveillez-vous !!!

sur ce, je continue donc : ici quelques images en hommage à Olivier Hodasava qui demandait qu’on lui fête Noël – ce jour-là le Chasse-Clou publiait une image d’un immeuble qui aurait pu être l’illustration (disons) d’une espèce de fantasme de celui servant d’appui à G org s P r c ( dans la réalité – mais ma sœur vivait alors rue de Chazelles, mon ami AT m’avait averti « ce livre est formidable, lis-le !  » m’exhortait-il – plus tard, quelques mois je crois, j’avais refusé d’être le parrain de sa fille – pourquoi ? je ne me sentais pas capable de la secourir par mauvais temps – ça n’aurait rien changé, vu d’ici sinon qu’à eux, j’aurais été lié et q’à présent je ne le regretterai sans doute pas – les regrets sont toujours inutiles cependant – j’avais, et j’ai toujours, partie liée avec cet écrivain – peu importe sa notoriété) – j’ai regardé cette image

et elle me disait quelque chose (un flirt de ces années-là 73-74 style y vivait – une fête – la nuit la danse la joie l’alcool le reste tout est possible – le matin tout est accompli) cet immeuble même (ou alors un autre de cette même rue) (mais celui-là oui) et regardant posément cette image, j’y vis

le voilà de jour: droite cadre, en bas

une boite aux lettres (on se dépêche : bientôt ce type d’équipement urbain et public aura corps et âme disparu): ici l’image date de 2010, la voici en 12

un papier sur le dessus;plus haut une décoration d’art de la rue – on ne voit pas bien, c’est noir, ça brille – ça a un peu de couleurs – art est un mot assez lourd en l’occurrence – mais ne soyons bégueule, disons qu’il s’agit d’un tableau de rue – en 14, il a disparu

le pékin pose bras croisés; le jeune garçon va à l’école; on voit du tableau la colle qui l’assujettissait – plus tard (16)

ah oui – rose- augmenté d’une petite enjolivure (on ne voit pas bien même de près 

la voiture a manqué le depôt d’article d’art (probablement B2TS: c’est son format – de plus la boite aux lettres est un de ses tropismes), et il fut vandalisé rapidement supposons – plu tard revint le jaune (16) et les graffitis nettoyés

voilà tout (18) – ici étude en jaune sans doute (20 : on reconnaît un des masques dont on n’avait pourtant pas eu la possibilité de se munir lors de la première des confination covid 19)

plus tard encore (22)

nettoyée (24) puis re-rédigée

encore à nouveau

 

et pour finir ces magnifiques plaques corporatistes

la psychothérapie AUSSOLEIL comme un F A R donnant toutes assurances – que la vie serait belle s’il suffisait seulement de se fier à ce que nous conte la rue (serait-elle de Lancry) dans la nuit de nos  imaginaires

 

Direct Action

 

 

 

un film documentaire – et un film document.Ici posé en maison[s]témoin pour tenter de ne pas l’oublier.

Trois types (Guilaume Cailleau, le réalisateur

Ben Russell l’opérateur 16mm (du film pellicule argentique donc)

Bruno Auzet ingénieur du son son direct (désolé, on ne dispose pas de sa biographie) – l’équipe la plus réduite du tournage. Pratiquement (parfois une seule personne). Mais ici,on nous dira que le tournage a duré quatorze mois : pas tout le temps, mais par quelques semaines ici, là, ailleurs. Venir, travailler avec les habitants, prêter sa force de travail, se nourrir, chanter danser, la nature – continuer à faire vivre les lieux, par le travail et le sérieux

ici la fête d’anniversaire – le film se déroule en une quarantaine de plans -séquences plutôt fixes – des jeunes gens et de plus âgés, sans voix off, le son des chansons, alors j’ai conçu de vous le présenter comme ce qu’en dit le réalisateur dans l’émission de radio.  Sans trop de phrases, mais les images ensuite, qui parlent, ainsi que les divers plans dont je me souviens (il en manque certainement mais l’ambiance y est). Deux cent douze minutes : une merveille.
L’émission de radio est consacrée, pour sa première partie, à l’interview du réalisateur (on peut l’écouter ici)

Je pose mes notes, mes souvenirs, j’illustre : ça ne donne qu’une idée floue de ce qu’est cette manière de vivre pleine d’espoirs, de joies et de consciences. Parfois, en réalité, en regardant ce film,on se demande ce qu’on fait encore là, dans une salle de cinéma, alors qu’on pourrait tout autant être dans ces conditions de vie et de travail et en être parfaitement heureux…

Notes d’écoute :
14 mois
vie sur place – première une semaine : un seul plan
on reviendra

retour une dizaine de fois
16 mm 3 personnes image son
action individuelle au service du collectif : les gens sont spécialisés dans certaines activités
son direct caméra plan fixe un plan par jour
son en post production très travaillé
12 heures de rush, film : un quart…
une quarantaine de plans-séquences assez fixes

Souvenirs :
archiver ce qui se passe et ce qui s’est passé
monter en haut d’un mirador


lire le manuel du guerillero à un cochon
scier du bois (machine industrielle)
le fendre (machine industrielle)
un concert d’anniversaire


une partie d’échecs


faire du pain (merveille)
faire des crêpes (re-merveille)
aiguiser la chaîne d’une tronçonneuse (et encore à nouveau)
détruire un mur à la masse

reconstruire
le plan des voitures qui empêchent (qui ont empêché du temps de la lutte) les camions de police de passer (intermission)
chanter du rap en arabe (formidable)
prendre son petit déjeuner


participer à la manifestation contre les bassines de Sainte-Soline (désespérant)


faire voler un drone
agriculture : semer
agriculture : labourer


agriculture : désherber
s’occuper des chevaux
s’expliquer auprès des journalistes

dernier plan : dans la nuit (la nôtre sans doute) une lumière, un phare un espoir

 

Direct Action , un film (documentaire) (Guillaume Cailleau et Ben Russell, 2024) sur la vie à Notre-Dame-des-Landes – ailleurs existe. Et bravo.