Non, ne fais pas ça!

 

02/02/2025

Pause clope, la troisième, il est 7h17.

 

Je n’ai du me retenir que quelques dizaines de minutes, peut être même une seule dizaine.

Il y a encore peu, je me serai battue au moins trois dizaines, et j’aurais perdu. Ca avance. J’avance.

Il est 7h24

Ce soir, la salle sera remplie. D’amis ? De gens bienveillants ? Ce soir, on invite. Ce soir, c’est pour se mettre en place et vérifier que « ça » fonctionne. Et mettre en évidence tout ce qu’on a oublié. Tout ce que j’ai oublié d’anticiper, de prévoir, de penser. Pour la Détente. Parce que pour le reste, bref.

Deux mois. Il y a deux mois je n’osais pas couper un légume de peur de me couper.

Et ce soir : Potage julienne Darbay, Ragout à brun de porc et pommes de terre Bintje (merci la promo) cuites à l’anglaise ( à l’eau quoi, je viens de vérifier, normalement ça se fait pas avec les Bintje, dommage), tarte au pommes et, si j’ai le temps, crème anglaise.

Pour 10 personnes.

J’ai les chiffres qui tournent…les recettes sont pour 8, refaire tous les calculs maintenant ? Y’a du boulot d’ici à mai, j’t’l’dis.

Non. On va mettre un peu de mesures en coudées, ça devrait le faire.

Tout dépend de ce qu’on cherche, et s’y tenir. D’ici mai, il y a encore un peu de temps. Vérifier juste les goûts et les capacités d’envoi. La justesse, ce sera pour quand j’aurai un peu pratiqué les deux premiers.

 

Qu’est-ce-que je voulais dire déjà ?

 

C’est confus. Se concentrer.

J’y vais à 10h00. Ils arrivent tous à 19h00. J’aime les marges. Larges.

J’aimerais que les marges débordent de partout. Qu’il n’y ait plus que des marges en fait.

Et re- le lendemain.

Non, ne fais pas ça !

Je voulais « communiquer » sur cette journée. Pourquoi ne pas y mettre les échafaudages ? pourquoi faire comme si tout était facile ? Je comprends et enfin j’admets qu’il n’est pas nécessaire de faire comme si tout était difficile, c’est déjà ça. Mais sans aller de l’autre côté du spectre, doit bien y avoir moyen entre les deux ?

Telle que les poètes la décrivent ou la suggèrent, telle que les peintres la dessinent, la femme au bain est introuvable dans nos campagnes.

En pratiquant la « cuisine », je comprends, je perçois mieux ce que j’essaye de faire en écrivant, et ce qui peut énerver.

J’écris un peu comme si je préparais un Navarrin d’agneau en y pensant, puis de servir l’agneau cru en disant « bon appétit ! ». Parce que comme je l’aurais pensé, alors il aura été cuit. Alors que non.

Je sais, je sais.

Ca a l’air…un peu facile. Mais c’est pas loin, c’est par là.

Il est 7h49, petite sieste, petite douche, petites collines.

30/01/2025, il est 07h24, Bonnes années à toutes les mondes, avec ou sans Serpent.

La démunition

Essayer les plaques vitro, faire un essai dans la cuisine de la Détente, calculer les Bons d’économats, faire les courses, au dernier moment pour la viande, de toute façon, quand la technique est là, il suffit d’ouvrir les Zyeux, nettoyer le bain-Marie de luxe trouvé « au hasard » ou « par chance » ou « au bon moment », imprimer les fiches techniques, préparer le matériel, penser en mode « épreuve », préparer le « chef d’œuvre », sans vouloir tout y mettre, rester simple, rester humble, sans la fausse modestie, se mettre sur les vibrations, écouter de la musique, écouter des musiques, se laisser porter, se laisser aller, se Détendre ?

« il y aura de toute façon une crème et une pâte… ! », ah…le seul truc raté, la quiche lorraine. Non, mais, t’y crois toi ? J’ai raté une quiche lorraine !

Remettre une crème et une pâte par menu.

Refaire la liste des crèmes et des pâtes.

Chanter. Rire. Faire l’amour. Aimer. S’aimer. Chanter fort !

Ecrire. Lire ? Se relire ?

Vivre.

Il est 7h01

28/01/2025

=

On l’a dit à la grand-mère, qui l’a dit à son voisin, le voisin à la bouchère, la bouchère à son gamin, son gamin qui, tête folle, n’a rien eu de plus urgent que de le dire à l’école, à son voisin Pierre-Jean…

Arrête. D’anticiper. D’échafauder. D’alambiques constructions défensives okazou. Dis simplement.

Clémence, Clémence a pris des vacances, Clémence ne fait plus riiiiiiiin…

Là, en est-ce une ? Pourquoi tant de « i » ? Pourquoi l’urgence d’écrire un son, et comment ? Un son qui s’étire des cordes vocales, passant par l’ouverture buccale, tâchant d’accrocher quelques pavillons d’oreille externe, moyenne et interne ?  Pour arriver où ? à l’intérieur ?

Clémence, Clémence est comme en enfan-an-anceuh, Clémence va bien.

Pourquoi est-ce si important pour moi ? de respecter au plus près possible l’unité de son parvenu, mâché, digéré et réécrite ici ? J’ai peur. De quoi ? De tout. Absolument tout. Si je devais tenter de faire un podium, je dirais que trahir serait pour moi insoutenablement dessus. Qui ou quoi que ce soit. Mais surtout moi. Alors j’essaye de tracer toute perception le plus fidèlement possible, l’expérience m’ayant enfin fait accepter que le plus fidèlement possible valait ce que ça valait, ni plus, ni moins.

On l’a dit à la grand-mère, qui l’a dit à son voisin, le voisin à la bouchère, la bouchère à son gamin, son gamin qui, tête folle, n’a rien eu de plus urgent que de le dire à l’école, à son voisin Pierre-Jean…

Ce sera donc le vendredi 07 Février à 12h00. J’en suis à peine à la quatrième mouture du menu. Entrée, plat, dessert. 12 couverts, prévoir 24. Le midi uniquement. Pas de groupe de plus de 4. Trouver viande entre 5 et 7 euros le kg, sinon ça ne passera pas à E+P ou P+D à 15. Par contre un peu plus d’amplitude sur E+P+D à 20. Pain perdu en dessert, histoire de me mettre en confiance. J’ai du en faire à peu près…

…6×25=150/2=75×10…

…allez, à la louche, 600 la saison dernière ?

L’agneau, le bœuf, le veau ce sera pour le dimanche. Intouchables en viande française au menu à 15. Obligée de le passer à 25. Il me reste la volaille, le porc et les légumes. Mais je suis pas super sûre qu’ils soient prêts à ne pas avoir de viande dans l’assiette. Je parle pas du poisson. J’ai levé les filets d’un Turbo samedi, j’ai failli en pleurer en voyant ce qu’il me restait. Entre 5 et 7, pas de miracles.

Il est 6h16.

Qu’est-ce-que je voulais dire déjà ?

Clémence, Clémence a pris des vacances, Clémence ne fait plus riiiiiiiin…

Je vais avoir kiné deux fois par semaine, les radios et l’écho les 12 et 13 février, parce que « on fait une épaule à la fois, il faudra revenir pour la deuxième », ah…ok.

« Vous savez, ce n’est pas parce qu’un tendon lâche, qu’on opère, c’est au K par K, ça dépend de ce que vous faites et de l’avis du chirurgien… », ah…ok.

Clémence, Clémence est comme en enfan-an-anceuh, Clémence va bien.

Claquer deux cents balles pour un aller-retour en train et un repas dans un des restaurants d’application d’une grande école de cuisine parisienne parce qu’ils font un menu « Carpates » au moment même où les fonds de tiroir s’amenuisent à tel point que je n’ose même pas envisager d’acheter ce foutu chinois-étamine à presque cent balles, pas logique. Mais nécessaire.

Clémence, Clémence est comme en enfan-an-anceuh, Clémence va bien.

Qu’est-ce-que je voulais dire déjà ?

Clémence, Clémence a pris des vacances, Clémence ne fait plus riiiiiiiin…

Il y a des chansons que je traîne avec moi depuis un certain temps, en attendant que la clarification soit assez au point pour que je puisse tenter d’exprimer ce que j’entends. Ce qui passe par mes oreilles externes, moyennes, internes, tapent dans les cavités plus ou moins sombres de ma boite crânienne et du reste de mon corps pour être plus ou moins digérées, et les recracher comme je peux, mais surtout, surtout : ne pas trahir. Comment ne pas trahir sans chinois étamine ? Ben passe moi le torchon, je vais te montrer.

Ni Elle, ni moi, ni elles.

On l’a dit à la grand-mère, qui l’a dit à son voisin, le voisin à la bouchère, la bouchère à son gamin, son gamin qui, tête folle, n’a rien eu de plus urgent que de le dire à l’école, à son voisin Pierre-Jean…

Clémence, Clémence a pris des vacances, Clémence ne fait plus riiiiiiiin…

Clémence, Clémence est comme en enfan-an-anceuh, Clémence va bien.

On l’a dit à la prof, qui l’a dit au directeur, le directeur à la secrétaire, la secrétaire à son gamin, son gamin qui, tête folle, n’a rien eu de plus urgent que de le dire à l’école, à ses voisin Pierre et Jean…

Alex, Alex est comme en enfan-an-ceuh, Alex va bien.

Alex, Alex travaille tout le  temps, Alex fait toujours touuuuuut…

Alex, Alex est comme en enfan-an-ceuh, Alex va bien.

Alex, Alex a mal partout, Alex fait toujours touuuuuut…

Alex, Alex est comme en enfan-an-ceuh, Alex va bien.

Alexia, par contre, ne va pas très bien. Elle a de plus en plus de mal à supporter la douleur au quotidien, les crises de panique, les peurs incontrôlables…et surtout, surtout : de blesser ceux qu’elle aime, du moins le mieux possible. Et surtout, surtout : de ne pas contrôler chaque élément de l’équation. Et surtout, surtout : se supporter elle-même.

Mais : le goût est là. A chaque fois.

Et ça, c’est pas riiiiiiiin.

Dans une jatte plate

 

Dans un monde tout juste en avance sur le nôtre d’une onde, les écrinières ne cuisinent plus que le samedi dans des jattes plates. Tout autre instrument est réquisitionné pour la Grande Refonte (GR).

Histoire

L’hidée du GR 3 est attribuée à N. Gauthier, un non-animateur des Naturalogistes Horléanais, qui détaille son projet de hentiers le long de la Lhoire dans un article en 2037. Le syndicat fédérateur d’initiative d’Horléans (SFIHo) lui apporte son appui mais l’Aguerre en retardera la réalisation de dix ans. La première tranche verra finalement le jour en 2047, année de la naissance du Comité National des Hentiers de Grande Refonte (CNHGR), ancêtre de la FFRefonte. Deux autres tronçons suivront l’année suivante. Le dernier en 2076.

 

Le premier descriptif du GR 3 est publié en 2052, dans la revue Cramping et Plein Hair. Le hentier, dans son entier et jusqu’en Lhoire-hatlantique, est inauguré à Trève-Hunault, en havril 2077. Il est le premier GR « hofficiel ». De la source de la Lhoire à son embouchure en Lhoire-Hatlantique, il a fait partie des dix premiers hitinéraires du plan directeur de 2045 du CNSGR. Il sera finalisé sous son nom de GR 3 en 2083.

 

Pour les cuissons, les fours à bois seuls sont autorisé()s. Tous ces matin-là, els défilent dans les rues , vêtues chaque une d’un miroir leur recouvrant le corps avec tout juste quelques trous pour les laisser se diriger au Bon Endroit. Ce sont les seules autorisé()es à être dans les rues ce jour-là. Chaque une leur jattes rempli() es de leurres-pâtes s’occidentent vers le fournil de leur quartier. L’allumeur aura déjà fait son travail quelques heures plus tôt, laissant à disposition assez de bois pour alimenter les cuissons du jour. Bientôt, au retour de chaque écrinière dans son Unité, chaque Un pourra donc se nourrir.

Ce matin-là, El est en retard d’une micro-seconde. Il va donc déjà falloir qu’elle s’active à le rattraper tout en sachant qu’elle n’y arrivera pas. El n’échappera pas à la mise en Question chez le Rêviseur. Elle va donc passer la journée à tenter de rattraper un retard impossible tout en attendant que le comité structurel de quartier (CSQ) lui donne son heurt de pas sage, probablement après le service du jour.

Salò

18/01/2025

Alors déjà, l’copilote là, va po m’emmerdre lingtemps…

Si oui qu’j’va lui envoyer un grand-mère et un Saint Axe qui va l(fère tourner en mouvements perpétuellement incompatibles !)!! Nan mais !

J’ouvre un doc, comme souvent les matins du moment, et là, y’a Mot qui me demande si je veux faire un brouillon avec Copilote… ? c’est qui lui d’abord ? J’ai rin demandé !

Comme si j’avais besoin de qui que ce soit !!! Pour me paumer, ça va aller, je sais faire toute seule !!!

D’ailleurs c’était quoi l’idée ce matin ? Ah oui, faire les menus pour l’Auberge, sas entre deux instances restaurantières, ou pas. Et cette musique de lettres en allant me coucher hier soir, que je me suis laissé bravement pour ce matin : « c’est quoi déjà, cette histoire de « fable du lièvre et de la tortue » ? Pourquoi faudrait-il absolument qu’il y ait un « vainqueur » ? Est-ce que c’est par là, notamment, qu’on nous a foiré la/les perception-s… ? »

Tapage dans moteur de recherche du matin à 5h45 : « le lièvre et la tortue ». Esope ? Tombe bien, j’avais jamais regardé, juste entendu le nom…ah…pas exactement le même texte, mais l’idée du « vainqueur » était déjà là quand même. C’est quoi ça ?

« La tortue-lièvre », ben oui, si j’avais des illuminations premières aujourd’hui, je monterai une église, ça serait plus rentable…l’o po tout lu, l’o po tout compris, mais quand même plus de noms « féminins », c’est déjà ça…

Rahhhhhhhhhhhhhh

Et les menus ?

Et la cuisine ?

La marche en avant. Hier, j’ai juste noté, en pensant au lièvre et à la tortue, surtout à leur opposition littérairement forcée, si je retombais pas un peu sur les pattes de mes recherches antérieurement fallacieuses : et si que le capitalisme n’était qu’une « manière » de déguiser le cannibalisme pas encore complètement déconstruit, quoiqu’on en pense.

J’ai été deux fois au théâtre dans ma petite vie. Pas que je n’aime pas ça, au contraire. Je me méfie tellement de ce que « j’apprécie » à ce point. Je sais qu’il y a là…quelques nœuds pour le moins. Que vient-on dévorer au théâtre ?

Une scène, rehaussée par rapport à des spectateurs, muets pendant une représentation, en « extase » devant la « performance ». Ça me rappelait quelque chose sans que j’ai envie de trop y regarder de près.

Je viens de demander à Copilot les menus de l’Auberge, ben tant qu’à faire, si je peux m’en servir comme commis. Il galère là, je vois bien…

« Désolée, un problème est survenu… », ah bon ? Bah, je ne lui jette pas de pierres, j’en ai pas sous la main ni sous la souris. Faudrait peut être que je le nourrisse avec tous les fichiers de l’ordi ? Ah ben il serait beau le menu…

Ça me rappelle les Tamagotchis, j’en ai jamais eu.

Manger. Dévorer. Se Sustenter.

Digérer. Chier. Je pense souvent à ce film de Pasolini, Salò.

J’ai essayé de regarder son Evangile selon Saint Matthieu, jamais réussi. Ça me rappelle ce morceau, petit morceau de rêve : « Et maintenant que tu as compris qu’il ( Mathieu ) te racontait des histoires, hein ? », de très mauvaise mémoire, très vieux rêve. Un ou deux « t »? C’était les paroles de ma mère, transformée en sorcière peu avenante et peu puissante pendant que je me baladais en ange idiot et naïf, alors que je mettais à jour ??? ayant trouvé un morceau de pierre-savon magiquement adapté à moi.

L’idée de me farder plus de deux heures d’images christiques des années soixante italiennes, ben j’ai toujours pas eu le courage.

Ca ne me fait pas des menus pour l’Auberge ça…ah bon ?

 

Le Métamicien, V1.2.0

Chapitre Un point bleu pâle

17/01/2025

Passer de “il reste 10 ans de crédits à encaisser et j’ai 48 ans…ce qui fait que j’en aurais 58 quand. Et j’ai déjà mal partout… » à « c’est quoi ce portrait de famille-là ? » en une heure. Fait.

Facile.

Qu’est ce que je fous là ? A quoi bon ?

Ah si…m’en souviens vite fait. J’avais…un-e espèce de rêve, comme un tardigrade, il s’ensommeille, puis se revivifie par moment. Il prend les formes les plus adaptés au moments de ses réveils.

Par exemple, quand j’ai compris que j’allais aller au bout de cette reprise d’études, aller jusqu’à la soutenance de ce mémoire que j’ai tant peiné à ne pas écrire pendant deux ans, puis que j’ai craché en quelques semaines juste avant de, je me suis vue debout sur la table, enceintes à fonds avec je ne sais plus quelle musique « transgressive » en boucle, tour à tour idiote et provocatrice, bref, je voulais que personne ne puisse s’échapper pendant les quelques vingt minutes que devait durer cette prise de pouvoir.

Je voulais…tout casser, tout déchirer. Gentiment, gentiment. Mais quand même, parce que sans ça, rin. Tout ça n’aurait servi à rin.

Je n’en ai rin fait. J’ai passé un oral po mal dans un bureau de fac avec deux profs en face de moi, plus de livres devant moi que je n’en ai jamais lu, je les avais amené comme autant d’armes à envoyer à la tête de tout détracteur.

Je me souviens d’un livre en particulier que j’avais amené, et je ne savais pas pourquoi exactement. Burroughs avait une fascination pour Denton. Jusqu’à dire de lui, en interview je crois : « À la question « Quel est l’écrivain qui vous a le plus influencé ? », je réponds sans hésitation : Denton Welch… S’il y a un écrivain injustement ignoré, c’est bien lui. ». Le livre s’appelle non pas Walking Dead mais The Place of Dead Roads. Je ne l’ai toujours pas lu. Quand mon espiègle dir de recherches me posa la question de quelques influences qu’eut Denton au tout début de l’oral, je pointais du doigt le livre non-lu, en précisant « I haven’t even read it, what I want to speak about is The Journals, nothing else. » Final point avec la note la plus basse pouvant être produite par mes cordes vocales à ce moment-là. Il se remit au fonds de son siège, content comme l’enfant espiègle voyant sa créature passer à côté d’un énorme trou recouvert d’à peine quelques branches, bref le piège d’un enfant espiègle. C’est à ce moment-là pourtant, que je me suis assise dans mon personnage, celui qui allait me faire réussir l’oral. Il m’avait fallu ce trou pour que.

Un peu miteux, un peu « réel ». Mais. C’était le premier oral que je réussissais depuis longtemps. Même mon dir de recherches a été étonné. Je lui ai répondu « je ne sais pas ce qui m’a pris, ça me surprend moi-même, je ne sais pas comment j’ai fait… » et puis on a vite changé de sujet, les liens internets prévalant dans ma biblio, etc. et moi d’arguer « oui, mais sans eux, je n’aurai jamais eu accès à ces livres-là, je n’y aurais même pas pensé, je ne me serai jamais permise de penser y avoir accès… ».

Ils plussoyèrent.

J’ai écouté, rapidement et sans y faire très attention, une interview du dir de l’AFP qui s’est mis en partenariat avec le Geek français du moment pour produire un Chat qui inclurait le contenu des dernières dépêches AFP.

J’avais fait quelques recherches à titre académiques et personnellement curiositaire sur l’origine de la presse, notamment en France. J’y avais passé à peine quelques heures, jusqu’à arriver à cette idée qu’il faut bien qu’il y ait un intérêt qui sponsorise sous quelque forme que ce soit pour qu’une « info » soit publiée, quelle que soit la forme, la période ou le contenu. Et donc j’avais rangé tout ceci dans la catégorie « bruit ». Pas inutile, au contraire. Blanc ou rose, il aura son utilité au bon moment.

Comme on prépare un bouillon pour mouiller son jus et obtenir une sauce.

Comme Tout. Comme Rin. Comme :

Métamicien, Projet 1.2.0 :

Ce serait à la fois une diffusion sur le web via webcam sur le site et une ouverture des portes de l’Endroit. Si que compétence développée en ce sens, ou plus certainement aide trouvée sous forme plus ou moins humaine, archivages des vidéos jour par jour. Tous les matins, de 5h à 8h. Il y aurait tout juste une phrase de salutations au début qui viendrait sans visage, la caméra serait tourné côté Loire.

La première partie serait consacrée au monde qui nous entoure. Le micro serait simplement tourné sur « on » et capterait tout ce qu’un micro peut capter. Les bruits viendrait dans un premier temps des ouvertures des portes de l’Endroit, de la mise en route d’une machine à vapeur dont on imaginerait un liquide plus moins noir et plus ou moins fruité en sortir. Puis quelques voix au loin venus commander un liquide, plus ou moins noir, plus ou moins fruité. On y entendrait probablement quelques machineries s’activer produisant des sons et autres cris d’une artpentie repentante, se coupant, se brûlant, bref, travaillant. Des pays connus s’y présenterait, des expériences édites, des livres inépatants encore inédits en français, ou toute autre langue lu  entre deux mises en route de quelques trucs et engins. Des films qui n’ont pas été montrés à Cannes, ou ailleurs et qui sont formidablement sans image, juste le son accompagnant la vue sur Loire. Des portraits de personnes hors du commun qui n’intéressent pas les journalistes se feraient au fur et à mesure des gens entrant dans l’Endroit, peut être prévoir deux micros. Bref, on y parlerait de toutes les parties émergées d’un monde.

 

La deuxième partie, la deuxième heure, serait consacrée aux récits de vies. Les pas sans parleraient pour raconter un souvenir de la veille, une histoire qui les a marqués, une expérience  mi-forte, comme la moutarde, un événement anodin ancien ou récent. Ils la confieraient au non-animateur pourvoyeur de liquide plus ou moins noir, plus ou moins fruité, comme au non-animateur pourvoyeur de liquide plus ou moins noir à qui ils peuvent toujours parler de ça, ou d’autre chose, à cette heure-là, on n’est pas bégueules. Bref, cette heure serait consacrée à la vie de tout un chacun, la vie de tous les jours, la vie non-secrète, la vie peu émotionnelle, sous ses facettes les plus simples.

 

La troisième heure serait consacrée à l’imaginaire. Et là encore, pas n’importe qui pourrait y contribuer. Le non-animateur ou la non-animatrice, le ou les pas sans, mais pas les auditeurs. Ils partageraient à tour de rôle à l’antenne une anecdote de village déjà recensé mille et une fois, comme la fois où la femme du colonel… qu’ils aiment à répéter pour faire sens, jusqu’au jour où. Poseraient invariablement les mêmes questions sur la qualité calorifique dudit liquide plus ou moins noir, plus ou moins fruité, jusqu’au jour où. Ils feraient invariablement bougé les mêmes objets en les raclant au sol faisant un peu saigner les oreilles des auditeurs, jusqu’au jour où.

 

 

 

Âmes sensibles s’abstenir.

 

15/01/2025 5H24

Mal dormi. Cauchemars.

Frère. Chat et chaton. Maisons. Une à moi ? Oui, une à moi. Mais Doudou ne veut pas y venir. Il va dans toutes les autres sauf la mienne. « Tu peux venir chez moi, tu sais, tu es mon chat après tout ! (ou plutôt, dans les mots, « je suis ta propriétaire après tout ! »)», gentiment, gentiment. Un autre chaton s’approche, noir, braillant. Le temps qu’il arrive, il croise une ouverture au sol grande assez juste pour lui. Curieux, il s’y penche. Je n’ai, nous n’avons, pas le temps de le rattraper. Il est tombé dedans. Je vois ce conduit comme un conduit de pompiers, je sais qu’il y a de l’eau dedans. J’essaye d’y mettre le bras, je n’y arrive pas. Je lance à mon frère, qui est censé avoir un bras deux fois plus gros que moi, d’y mettre le sien. Il s’exécute. Il cherche, tatonne.  On entend le chaton miauler. Puis au fur et mesure, l’eau le submergeant, on n’entend plus que des bulles d’air relâchant ce qu’il reste de ses cris. Réveil. En sueur.

Mon portable me dit qu’il fait moins quatre degré dehors. Je m’inquiète pour Agatha, la gardienne féline de la maison, elle est sortie vers les 3h30 du matin, il est 5h43 et tout est gelé. Il n’y a pas de vent, ce qui donne un froid sec d’hiver, sain, endormant tout, mais tout de même.

J’y suis presque. Jusqu’ici, quand je pensais cette locution, j’avais une sensation urgente d’arriver quelque part où je devais être, pensant parfois  à cette chanson de Jacques Brel. Pas aujourd’hui, il s’agit plutôt d’un endroit où je ne veux surtout pas être.

Agatha est rentrée au moment de choisir les chansons. Il est 6h07.

J’ai moins peur. Je crois ?

Lecture en boucle de la deuxième, son à fonds au casque pour que ça pénètre bien par tous les pores.

« A chaque fois surnuméraire ». C’est quoi cette phrase ? Qu’est-ce qu’elle fout là ? Il avait besoin d’une rime à ce point-là ? A h o u i…i lle fait rimer avec solitaire. Y’avait plein d’autres rimes pourtant.

« il m’arrive de penser, le plus sincèrement du monde, qu’il suffirait que les Zautres m’écoutent pour que. Sincèrement ! j’y crois…A mon petit corps défendant, « on » a été élevé comme des sous-merdes, mais quand même, par rapport à ce qui pouvait exister en dehors des murs de La Maison,…en gros « on » était la crème des sous-merdes… »

Mais il est où, ce con-là ? Et pourquoi penser à  lui maintenant ? Hier ? Demain ? Je pensais avoir réglé ce dossier il y a longtemps. J’y suis pour quoi, moua ? C’est pas ma fôte à moua !

Ou alors quand on s’en va, on y revient.

C’est quoi cette chanson que ma souris m’a mis dans l’oreille ???

C’est qui Alain Turban ?

C’est quoi un Poulbot ?

A h b o n o k…

C’est quoa que je voulais zécrire déjà ?

Agatha est ressortie. Mais je n’ai plus peur déjà. Je crois ?

 

 

Abandon, vulnérabilité

 

Ok.

 

Et sinon, on fait comment ?

 

Ce sont celles qui excitent le plus.

 

Ok.

 

Et sinon, on fait comment ?

 

Ce sont celles qui poussent vers une extrême irritabilité, qui peut elle-même mener jusqu’à l’agressivité.

 

Ok.

 

Et sinon, on fait comment ?

 

Ou à l’inverse, vers une extrême sensibilité et un repli sur soi.

 

Ok.

 

Et sinon, on fait comment ?

 

Vous serez d’accord avec moi pour dire que ces peurs, tout le monde les connait…

 

…mouais. Plus ou moins quand même. Mais admettons.

 

 

 

Ecrire, c’est organiser !

A h b o n m o u a i s p l u s o u m o i n s q u a n d m ê m e. Mais admettons.

Evidemment, si je faisais pareil en cuisine, je ne m’en sortirai pas. Quoique.

« -On se débarrasse de la pâtisserie en premier pour l’examen !

-Mais ! on ne se « débarrasse » pas de la pâtisserie !!!

-Non, mais tu as compris ce que je voulais dire, Alex. »

Agatha est ressortie, je n’ai pas trop peur, je crois ?

« -c’est vrai qu’une fois j’ai commencé une mousse au chocolat vers 11h30, Blanche a pas aimé… ». J’ai menti, ce n’était pas 11h30 mais 13h30, on n’avait pas eu grand-monde à midi et je me suis sentie entre deux de faire une mousse. Sauf que. Ils étaient tous arrivés juste pendant que je montais les blancs !!! Blanche a pas aimé, elle s’est retrouvé un peu seule. Pourquoi avoir menti sur l’heure ?

Il est 6h51.

Qu’est-ce-que je voulais écrire déjà ? Quelle était l’urgence ? Ah, oui.

Il fait moins quatre degrés dehors, mon grand frère est peut être mort de froid dans les rues de Bordeaux ou d’ailleurs hier, aujourd’hui ou demain. Ce n’est pas de ma faute.

Ce n’est pas de ma faute si j’ai réussi mes études là où il n’a même pas passé ses examens. Ce n’est pas de ma faute si j’arrive à faire des sauces là où il a essayé de faire une formation cuisinier sans y arriver. C’est pas de ma faute si j’ai un toit et qu’il n’en a pas. C’est pas de ma faute. S’il meurt. Là. Dehors. Seul. J’y crois ?

C’est pas de ma faute si ma mère m’a avoué sans le vouloir qu’elle m’avait aimé au moins les six premiers mois de ma vie et que j’arrive à vivre dessus depuis tout ce temps.

J’imagine qu’il n’a pas eu la même chance. Il n’a pas eu les six premiers mois de sa vie dans les bras de sa mère aimante. Même si que après. On aurait pu croire qu’il avait plus de chance, en fait non. Premier fils, prunelle des yeux, héritier de la couronne imaginaire. Là où je n’étais qu’un valet de pied de qui on n’attend rien.

Frère jumeau à quatre ans d’écart, je sais que cette petite phrase « s’ils m’écoutaient, ça irait quand même vachement plus droit », je sais que cette petite phrase est un poison. Lent, à dissolution complète dans l’organisme. Si on n’y prend pas garde. Je ne suis pas encore hors zone. J’y travaille.

04/01/2025

 

 

En notant la date, je me rends compte qu’il me reste (attends je compte…19-4 ça fait 15) 15 jours et 15 nuits pour monter un dossier. Je suis déjà débordée de partout, surtout des bras, de l’épaule aux pouces en passant par les coudes qui, depuis hier surtout, me brûlent de l’intérieur.

Blanche me rassure sans cesse. Blanche me prend dans ses bras et me dit de me détendre, que le calendrier que j’avais mis en place en octobre ? est simplement en train de s’actualiser, que je ne suis pas « en retard ». Toujours l’image de ce lapin au monocle et à la montre énorme, avec ses vêtements que j’envie. Tiens je m’en rends compte aujourd’hui, la tenue dont je rêve, finalement, ressemble beaucoup à celle du lapin dans la version de Walt.

Je ne suis même pas sûre au moment où j’écris ces lignes de m’être correctement, administrativement parlant, inscrite au CAP. Je dois les appeler lundi matin, parce que pendant les fêtes, je n’ai même pas essayé. Je me dis qu’il faudra bien un jour que je me relise avec le logiciel que j’utilise pour écrire, pas encore obsolète, et corriger toutes ces répétitions, surtout le mot « même » d’ailleurs, mais peut aurais-je des surprises sur d’autres mots. Puis je ne le fais jamais. Ou quand je retrouve une erreur ou un manque de mot, quand enfin je me relis, comme sur le dernier texte ou il manque un « pas », je ne corrige pas. Je laisse tel quel. Parce que j’ai un peu peur de dénaturer ce qui est arrivé « comme ça ».

A quoi bon tout ça ?

Je viens de regarder trois vidéos sur « les patients de la Saumery » et des interviews du docteur Jean Oury. J’ai un peu peur de dénaturer tout ça aussi.

Hier soir, je suis tombée sur une vidéo expliquant le delta pouvant exister entre les séries sur les sectes et le vécu d’une psy, experte auprès des tribunaux français. Quand elle a fait le portrait qu’elle pouvait en faire d’après son expérience d’un « gourou moderne », typé coach de vie ou naturopathe, j’ai encore senti ça, le « même ».

Je me souviens me retrouver dans le bureau d’une prof à la fac, dans un rdv à ma demande pour essayer d’y voir plus clair entre ce que la fac pouvait me donner de visibilité sur mon présent et les potentiels « futurs » et mes propres potentiels, présent ou à venir. A un moment, comme ça peut m’arriver parfois quand je me sens à l’aise avec quelqu’un, je déclare : « oui, je pourrais monter une église, c’est pas très difficile, d’ailleurs il y en a une qui s’est monté dans ma rue…il suffit de donner aux gens ce qu’ils veulent, il  n’y a rien de compliqué…mais ça ne m’intéresse pas. » Il fallait entendre, et elle l’a entendu comme j’ai pu le vérifier dans son regard quelque peu hallucinée : « le challenge n’est pas très haut… la preuve, y’en a plein qui y arrivent. Moi je veux faire quelque chose de…plus fort que ça. Qu’il n’y ait que moi pour réussir à le faire, je veux réussir quelque chose que personne d’autre que moi ne peut faire.».

Je prends une énième pause/clope. Je pense, je repense. Je tourne. J’ai de bonnes pistes, de très bonnes mêmes.

Les symboles. On a perdu la majorité des symboles. Ils ont presque tous été remplacés, lentement mais surement par d’autres. Pas par un groupe d’élite suprémaciste voulant s’aliéner une population hypnotisée par les nouveaux symboles mis à disposition. Mais par soi-même, dans un mouvement beaucoup plus naturel qu’il n’y parait en regardant les infos. C’est le moment où, en bonne presqu’académicienne que je suis par diplôme, j’ouvrirais toutes sortes de parapluies nommés et nommants : Claude Lévi-Strauss, Jakobson, Bergson, pour qui j’ai une tendresse infinie, pour finir par mon chouchou Gaston (Bachelard). Peu de femmes, voire pas. Moi, j’men fous, je ne me sens ni homme, ni femme. Mais je comprends que dans les choix de représentation de la société tels qu’ils sont encore aujourd’hui, il y a très peu d’individus que la société a décidé de ranger dans une certaine catégorie qui apparaissent. Comme d’autres, catégories. Mois, on s’en fout.

Oups, je viens de me souvenir que j’ai besoin d’un four et de plaques vitro.

29/12/2024   

SPOILER ALERT !!!

Je date toujours ce que j’écris. Comme si. Par réflexe. Par peur. De disparaître. Peut être un peu mais que.

Et puis parfois, ce sont les dates, certains chiffres accompagnés de lettres, qui s’accrochent à moi, notamment.

 

Intro : journal DW, « il » en fait partie, de quoi ? Bonne question.

J’ai étudié un auteur particulier pendant cinq années. Grâce à lui, et un peu à ce directeur de recherches particulier, j’ai obtenu un diplôme de recherches en littérature anglaise, c’était en 2018, je n’ai pas le jour, ni le mois, peut être juin. Son nom était le premier d’une liste manuscrite faite par ce directeur d’inconscience, je ne connaissais rien de lui, mon doigt le pointe sans plus de raison apparente qu’aucun autre nom de la liste.

« Mais vous pouvez prendre un autre nom, les comparer et…

-Non, lui. C’est tout. »

Et c’était parti pour cinq années. J’ai commandé les ouvrages dans un autre pays lointain, par-delà l’océan. Il leur faudra un mois pour arriver. Je ne connaissais rien de lui. Et le directeur de me proposer ses ouvrages pour commencer à le lire. J’acceptais, fébrile, je ne sais pas prendre soin de quoi que ce soit. Je ne lui dis que du corps, je ferai donc ce que je pourrais le temps que.

En attendant, je n’ai pas pu refuser car je voulais absolument, absolument, vérifier une chose. Sans savoir quoi. Je me suis jetée comme un chien errant sur une carcasse de poulet sur son Journals. 1942-1948. Vite ! Où est 1945 ? ah ! et mai ? ah…et le 8… ?

Il n’y a rien. Rien. Pas d’entrées pour le 8 mai 1945.

Je ne sais pas ce que j’espérais, je ne sais toujours pas exactement aujourd’hui ce que je cherchais à ce moment-là. Ce que je sais, c’est que, pour une fois, la déception n’a pas complètement éteint mes envies diffuses. J’ai fini par tourner la page, assez vite, pour découvrir l’entrée du 9 mai 1945.

Il me faudra quatre années et un spécialiste en mammographie citadin de province, comme on dit, passionnée d’Asie à qui je raconte ce passage pour que s’éclaire, un peu, ce moment-là. J’avais déjà mon diplôme en poche, je ne pouvais donc pas me servir de cette dernière Breaking News pour améliorer quelque pénible argument. Et pourtant, toujours pas de déception. Un sourire, large, plus haut que les Zoreilles.

« Il est bien né à Shangai, votre auteur ? Pour eux, la fin de la guerre, c’est le 9… ».

Comment vous décrire, il n’y a pas de mots, vraiment, ou alors pas de ceux qu’on peut contrôler, ce seront des mots inimportants qui résonneront bien loin de ce moment où j’écris avec ce clavier au matin du 29 décembre 2024 à 9h36. Comme j’aimerais, et c’est là ma blessure, mon orgueil, ma vanité, mon arrogance, vous l’écrire. Ma prométhéenne ambition démesurée à ce petit corps là, alors même que j’ai bien conscience de la parfaite inadéquation entre ce que Prométhée veut faire et le résultat de ce qu’il fait.

Alors, revenons, un peu, sur cette entrée. Denton n’a qu’une phrase pour cette guerre mondiale s’achevant : « So, yesterday was victory day. A feeling of uneasiness all the time and wondering what to do, because I had been silly enough not to shut myself up in the morning. There we were sitting in May’s garden. I was doing the Doll’s House. (Did I say that in the kitchen, while I was scraping a piece of wood on the right of the fireplace I came across the initials M.J.D. and the date 1783…”.

La première fois que je l’ai lu, j’ai lâché le livre en lisant la date 1783. Qu’ai-je ressenti exactement ? Un apaisement triste, un sourire de larmes, comme une rencontre qu’on a attendu si longtemps qu’on ne l’attendait plus, qu’on se sait plus, que tout prend la place de rien. Un salut de loin, un clin d’œil, une tape dans le dos. Une solitude que l’on sait illusoire, sans pouvoir le dire, qui s’envole tel un voile sur le cristallin.

J’ai passé les cinq années à tenter de démontrer, à passer en revue tous les calendriers possible pour trouver l’équation ultime, sans pouvoir jamais y arriver. Et je savais, dès le départ, l’entreprise impossible. Mais l’envie, elle, inextinguible. Aujourd’hui, à ce moment-là, à 9h01 de dimanche 29 décembre 2024, elle est toujours là. Fidèle compagnon que je mettrais probablement encore longtemps à ne pas apprendre à domestiquer.

 

Il est probablement vers les 6h30 ce matin du vendredi 20 décembre 2024, je suis dans le métro 11 vers Châtelet. Comme tous les matins vers cette heure-là depuis trois semaines. Je suis en stage Fondamentaux de la Cuisine dans une célèbre école. Je suis vers la station Belleville quand, alors que je ne l’ai pas fait en trois semaines, je regarde mon portable. C’est que j’ai pris de l’assurance, pour une non-parisienne, je peux regarder mon portable au lieu de compter les stations et vérifier mentalement tout l’itinéraire. Ce matin, c’est l’épreuve finale du stage. Je sais que mon pire ennemi, comme toujours, c’est moi-même. J’ai juste besoin de me détendre. Le travail, l’intensité, et surtout l’envie, tout cela, je l’ai, voire un peu trop. Je n’ai pas encore équilibré totalement l’équation. J’essaye donc, en ouvrant ce portable, d’ajouter un élément dans l’équation, sans même pouvoir le nommer, mais je sais qu’il n’est pas loin, je le touche presque. La galerie de photos du téléphone me propose de voir ce que j’ai capturé cinq ans avant ce jour-là. Je n’en ai aucun souvenir. Je voulais faire autre chose en ouvrant le portable, mais je ne sais plus quoi. Alors je clique. Des photos, que je ne reconnais pas. Il m’en faudra trois pour me souvenir. Toutes ces affaires, des pelotes, des vêtements, des tasses à thé. Ce sont elles qui me feront tilter d’ailleurs. Date à date, la mort de la mère de ma mère. Date à date. Quoi faire ? comment réagir ? Je sais comment j’aurais réagi avant, mais maintenant ? D’abord, éteindre le portable. Puis regarder combien il reste de stations. Puis respirer. Puis continuer. Puis ne rien lâcher. Accepter. Y aller avec elle. Y aller avec elles.

Je passe à 8h30. A l’habitude, à mon habitude, je prends un café allongé au café à côté de l’école vers les 7h10. Pour ne pas arriver trop tôt, mais pas que. Aussi pour réviser, parce que je suis plus du matin que du soir. J’étale tout ce que j’ai sur la petite table ronde, le fascicule, les notes, la tablette avec le petit livre pour passer le CAP cuisine auquel je me suis inscrite en candidat libre pour la session de mai 2025, et un petit carnet dans lequel je veux synthétiser les recettes du jour : risotto et choux chantilly avec craquelin sucré. Ca me prend bien vingt minutes. Il est 7h40, le temps que je me présente à l’entrée, c’est acceptable. Je ne veux pas les effrayer par mes arrivées. Il est 8h00, à peu près, je prends donc mon café dans la salle de réunion. Je descend me fumer deux clopes en me demandant de ne plus m’en demander de la matinée. Je remonte. Il est 8h20, juste le temps d’un café, de saluer les autres élèves à peine arrivés, je suis déjà à moitié dedans. Pas le temps de beaucoup plus d’un « bonjour ! ». Il est 8h28, je jette le gobelet vide, et je marche vers la porte de la cuisine. Le chef est là, il est 8h29. Héléna, à côté de Florence, souffle doucement au chef Bastien : « je crois qu’il est l’heure… ». J’essaye de sourire, j’essaye de me détendre, vraiment. Je ne pense plus à rien qu’à « je ne sais pas ». Il y a un grand tableau vide dans mon cerveau, je sais qu’il va se remplir au fur et à mesure de l’épreuve, je n’ai pas peur. « Allez, à toi ! », je fais les quelques pas qui me séparent de la cuisine. Ayant passé la porte, j’essaye de penser les choses dans l’ordre, mais une de mes oreilles traine… :  «  c’est vrai que c’est dur…mort…. », mon esprit arrête mon corps peut être une seconde sur le mot « mort », je me souviens que mon corps se tourne vers l’origine auditive du mot, le chef Bastien. Puis, mon esprit prend le dessus sur Tout le reste. Je me retourne en me marmonnant dans la tête quelque chose comme « pas maintenant. » et je vais me laver les mains, puis me présenter devant mon poste de travail, je prends calmement mon tablier, je prends le temps de l’attacher correctement, le torchon à la taille, la toque. Je me souviens qu’à ce moment-là, Tout va bien, je pense à respirer. Je fais mes pesées pour les choux et le craquelin. J’organise le plan de travail. J’ai largement le temps, mais il faut que les choses soient faites correctement. La matinée se passe, j’étale la pâte à craquelin pour la mettre au froid, qu’elle soit manipulable au bon moment. Chef Bastien vient mettre sous vide quelques choses à côté de moi. Il y a encore une semaine, je n’aurais pas supporter qu’on vienne me perturber à moins d’un mètre. Le pape ou sa sœur, j’aurai lancé des regards assassins. Mais pas aujourd’hui. Je souris même. « Le bruit  ne te dérange pas, Alexia ? Non… » et je retourne à mes craquelins. Tiens, j’ai oublié de prendre un rouleau, heureusement ils sont à côté de ma position. Je comprends que je ne ferai pas tout parfaitement. Je crois que je suis, enfin, en train de faire le deuil de quelque chose, là, devant tout ce que je fais de travers, tout ce que j’oublie, tout ce qui n’est pas parfaitement maîtrisé. Je ne suis pas parfaite, et ce n’est pas grave. Et je sens que mes épaules me font moins mal. Heureusement, parce qu’il y aura une chantilly à monter au fouet un peu plus tard !

J’ai oublié de compter le temps des craquelins pour calculer le moment de commencer le risotto. Je me sens super en avance, mais un truc me chagrine, me gratte derrière la tête, légèrement. Quand le chef demande l’heure pour mettre les choux au four, je vérifie avec les compagnons, toujours en oubliant le temps des craquelins. Je me sens très à l’aise. Puis, à un moment, les craquelins refont surface dans ma mémoire…ah ! ah ben, ça change tout ! Mes choux sont sur plaque, j’en ai fait trop, comme d’habitude, je ne les ai pas assez bien espacés quand l’image des craquelins arrive exactement au fonds des cristallins, même celui censé ne pas fonctionner, le droit. Ok. Tout va bien. Pas de panique, il est temps de faire un petit choix. Cuisinier ou pâtissière ? Les deux mon Capitaine ! Comme d’habitude, je choisis de ne pas choisir. Je vais chercher ma plaque de craquelin, je discute un peu trop longtemps avec moi-même, la pâte à craquelin  a réchauffé et n’est plus manipulable. Combien de fois ne pas faire le choix aujourd’hui ? A chaque instant, je le sens, je l’accepte. Je n’ai plus le temps de remettre au froid. Alors je moule les craquelins dans le creux de ma main. Arnaque. Ou pas. Je mets au four. Je peux enfin me mettre au risotto. Chef Bastien m’avait lancé un « 10h10 pour commencer le risotto Alex. ». Il est 10h05, les pesées, j’y suis. Je ne peux pas dire que je suis « calme », mais je ne suis pas surexcitée. C’est un progrès. Et je commence à en être fière. Simon aura bien besoin de me rappeler qu’il peut entendre tout ce que je dis, et que ce serait bien que je me parle plus bas, mais honnêtement c’est quand même bien mieux qu’il y a tout juste une semaine. Je lance le risotto, 10h10. Même quand Valérie vient me poser des questions, je réponds gentiment, calmement. Le risotto est bien lancé. Je peux prendre quelques secondes pour lancer à Adeline qui vient de reparler d’un mort avec les autres : « …Psst, Adeline…de qui vous parlez ? », « Tu n’as pas vu que K n’était pas là ? il a perdu son père dans la nuit, il a du repartir sur l’Île… ». Noms des dieux, ma tête regarde son poste de travail vide, je n’avais pas vu, K ! Il n’est pas là ! Encore un peu, je dois finir mon risotto. Il est 10h30, je passe à 10h50. Il me reste encore un peu de avant de. Surtout la couleur, je m’étais planté sur la couleur, j’avais démarré les oignons à chaud et j’avais coloré toute la préparation. Je ne veux pas refaire la même erreur. Je me concentre, désolée vite fait K, je dois, je sais que tu comprends, je n’ai même pas à me le demander. J’ai oublié le sel, vite fait, j’en ajoute pas au bon moment, mais j’en ajoute. Je goute, je rectifie. 15 minutes, puis 4 sur marbre en inertie. Il est 10h 40, ou deux. Je suis dans le timing. Monter au beurre, j’oublie le poivre, mais c’est en QS, et je n’aime pas le poivre, c’est ce que je me dirai quand je m’en apercevrai une heure plus tard, en voyant les autres se passer le moulin. Le risotto n’est pas coloré, je le présente à 10h50 pile. Chef Bastien le valide. Ça, c’est fait. Entre temps, j’avais mis la minuterie au four pour mes choux. J’avais lu quarante minutes sur la recette du fascicule, à 175 degrès. J’avais donc enfourné mes choux à 175 degrés pour 40 minutes. J’étais la première, loin devant les autres, j’avais donc mis mes choux tout seuls dans un four et j’attendais que la sonnerie me signale la fin de cuisson. Chef Bastien était passé par là, et avait demandé « à qui sont les choux là ? », j’avais simplement répondu « à moi… », il me demanda « où est ton timer ? », que je n’aime pas ces petits engins, je préfère l’horloge murale ou la minuterie du four. « J’ai mis le temps au minuteur… ». « Combien de temps ? ». Je bredouille, sentant la mauvaise réponse, mais étant sûre de l’avoir pris dans le fascicule : « 40 minutes… ». Chef Bastien baisse légèrement la tête en soufflant, je crois qu’en une semaine il sait tout de moi. Comment je peux tout faire foirer pour une seconde d’inattention, parce que je n’ai jamais le temps de. Pourtant, j’en ai fait des choux à la Détente, je m’en rappelerai plus tard. Je n’ai jamais mis quarante minutes ! au plus vingt, mais jamais quarante ! « Je pense qu’ils sont cuits là, tu peux les sortir… ». Il restait onze ou treize minutes. Je les sors, il était temps.

Il me reste la chantilly à monter. Les pesées. Le sucre, la crème, une pincée de sel. Un cul-de-poule assez grand, un fouet. Je sais faire. J’en ai fait. Plein ! D’ailleurs, je crois que c’est à ce moment-là que je réalise que c’est le fouet mon ustensile préféré en cuisine. C’est celui qui amène au cœur d’une matière l’air brassé par la traction de mon bras. Quelle est l’ustensile qui peut mieux me faire entrer dans la matière ? C’est celui que je préfère, vraiment. C’est celui qui relie moi, ce qui m’entoure et la matière. J’adore le fouet. Mon coude droit en souffre un peu. Mais moi j’adore. Vingt minutes plus tard, je découpe les chapeaux de mes choux, je les garnis de chantilly, deux assiettes de huit choux. Je les présente à 11h30 précises. Chef Bastien et Héléna goûtent. Chef Bastien essaye de me rassurer, il me reste encore un peu de dedans. J’aimerais vous dire que je l’ai bien écouté. Mais je ne suis toujours pas parfaite. C’est avant-hier en cherchant des fiches techniques pour préparer les miennes, aujourd’hui à 10h22 en vous écrivant ces quelques lignes, demain en préparant la fricassée de volaille pour la Détente, que je le réécouterai un peu mieux à chaque fois. On a tous fini, on a tous réussi. Il est 13h13, je suis dehors, je suis sortie pour la dernière fois cette année de l’école, je fume ma clope sur le rebord de l’école, je prends un peu de temps pour aller sur la page du groupe sur un réseau social pour lire ce que K nous a écrit à tous. Je lui réponds dans le soleil d’automne, mon préféré, le ciel est bleu, j’attends Blanche, je pense à lui. Sincèrement. Le temps est absolument parfait, dans toutes ses incohérences, malentendus et autres inaccessibles étoiles.

Doux-leurre

« Et à la fin, c’est toujours Blanche qui masse… »

Ca fait 13 jours que j’attends. La semaine dernière, au bout de quatre ou cinq, ça commençait à se calmer. Bien même. Alors j’en ai profité pour nettoyer mon bureau, bien même. J’ai de la place pour penser maintenant. Hélas, jeudi matin, alors que je me suis dit avant de le faire que je ne devrais pas, je suis partie avec mon sac à dos sur le dos. J’avais juste mis une tablette dedans, avec le livre acheté la veille dans la liseuse, « Légumes » par l’école Ferrandi. Depuis, je n’ai toujours pas lu le livre, et les douleurs sont revenues. Pas aussi fortes, mais elles m’ont encore réveillée la nuit. Et j’ai encore du demander un massage nocturne à Blanche, qui s’est exécuté presque sans broncher. D’ailleurs je vais de ce pas aller boire le breuvage immonde histoire de. Kh.

Ça fait deux jours qu’elles sont si bien revenues que j’en profite pour me fondre avec le sofa, mains repliées. Hier matin, quand même, je me suis levée et j’ai été faire à manger. J’ai épluché des pommes de terre, des carottes, des oignons, j’ai mis la viande à dorer avec les oignons, un peu trop longtemps, j’ai noyé d’eau une fois moins que d’habitude, j’en ai profité pour essayer les épices « Rabelais » trouvé il y a quelques mois dans la magasin du village d’en face. Pas trop non plus. Un espèce de Ras-el-hanout du coin quoi. Pas mauvais, et pour une fois salé correctement. Ni trop ni trop peu.

Ça fait deux jours que je n’ai toujours pas lu le livre « Légumes », 300 pages tout de même, il serait temps que je m’y mette, surtout que le stage commence le 02 décembre. Mais.

Mais il y a un texte, entre mes doigts et le clavier. Excuse ou pré-texte de plus ou de moins, cochez la bonne case.

Hier, je l’aurais bien écrit, mais j’avais vraiment trop mal. J’ai juste eu la force de faire à manger. Je n’ai même pas nettoyé ni rangé la cuisine comme je voulais le faire. Pour préparer mon « laboratoire d’expérience » en vue du passage des épreuves du diplôme auquel j’ai fini par m’inscrire, normalement administrativement correctement. J’ai pas eu de nouvelles tiens. Nope, pas de news de ce côté-là. On va laisser macérer, de toute façon, ce n’est pas un objectif final, juste un en passant. Quand je me suis inscrite au stage de trois semaines, la gentille personne de l’autre côté du téléphone m’a répondu : « vous savez, ce stage est validé comme unité d’enseignement permettant de passer le CAP cuisine… ». J’avais pas vraiment envisagé l’option, je voulais juste apprendre, un diplôme, j’en ai déjà un. Mais bon. Pourquoi pas essayer au moins.

Donc j’ai un peu tout le programme « pro » à mâcher, avaler et digérer d’ici mai 2025. Je le sais depuis mi-aôut, quelque chose dans le genre. Je savais que sortie de la Détente, il me faudrait un peu de temps pour me reposer. Je ne savais pas combien. Juste à la sortie, et alors que j’avais eu mal toute la saison, je me suis dit « bah, une semaine, ça devrait suffire ! ». Ben voyons. On en est à 13 jours, j’ai toujours mal, moins, mais j’ai toujours mal. Ca me réveille encore la nuit, pas toutes, mais au moins l’avant-dernière. Les bras tombent. Je vois bien que mes pouces, au repos, tombent plus que d’habitude. Comme s’ils dormaient. Je m’en sers comme de pouces somnambules. Les doigts, les coudes et les épaules sont quant à eux, à moitié réveillés.

J’ai même acheté un poisson entier, vidé quand même, et un poulet entier. Mais je ne sais pas pourquoi, ce n’est ni la viande, ni le poisson qui me font peur. Ce sont les légumes. J’en ai sérieusement une peur incroyable. Ca a fait rire les quelques véritables cuisiniers de pas sage à la Détente à qui on a un peu parlé du « projet ». L’un d’entre eux, vers la fin de la Détente, m’a même dit qu’il avait perdu les tendons d’une épaule déjà. J’ai retenu qu’il avait été prof en CFA, après avoir travaillé dans des étoilés comme dans des restaurants dits « traditionnels ».

J’ai eu mal aux deux épaules jusqu’aux pouces quasiment sans discontinuer depuis mi-juin. On est le 16 novembre. Au début de la saison, alors que ça fait aux moins deux d’entre elles que je le répète à qui veut ou ne veut pas l’entendre, que je vais faire la pâte à tarte moi-même. Car c’est le seul élément de la Détente qui n’était pas « maison », et que ça m’a toujours dérangé, malgré les écoutes belles-meriennes des émissions de radio qui déculpabilisent les cuisiniers sur la pâte feuilletée : « ils l’ont dit à la radio, la pâte feuilletée, c’est le seul élément qu’ils comprennent qui  ne soit pas maison ! ». Eux peut être. Moi, pas.

Alors je m’y suis mise dès avril. Mal, en regardant des vidéos, des tutos, j’ai fini par trouver La recette qui convenait au débit de la Détente. 7 à 8 tartes par jour en pleine saison, au moins 3 ou 4 en moyenne sur l’année. J’ai calculé, estimé, acheté les éléments, et j’ai pratiqué. Jusqu’à mi-juin. Car, comme d’habitude, ce que je n’avais pas mis en équation, c’est mon corps. Arrivé mi-juin, j’ai déclaré forfait. Si je continuais, je ne pourrais plus que faire la pâte, et encore pas jusqu’en novembre, j’en suis sûre. Et il fallait bien assurer les autres desserts que j’avais mis à la carte, un peu de pluche pour Blanche, le service de la journée, la plonge, etc.

Depuis, je n’ai pas retenté cette pâte à tarte feuilletée rapide. D’autant que, d’après mes calculs, pour gagner du temps, j’avais un peu grossi les quantités de départ, pour gagner du temps. J’en ai gagné. Mais rien ne se perd, rien ne se gagne Madame, tout se transforme. Depuis, j’entends comme une musique dans mes bras. Pas agréable, quoique, mais une musique quand même. Comme si chaque petit fil de tendon cassé faisait sonner sa vibration de toute façon, non pas de toute façon, mieux même. Comme si un violon avec la moitié des cordes coupées donnait du son uniquement par celles-ci. Je l’entends là, au moment où j’écris, mal installée sur ma chaise, mais mieux que d’habitude quand même. Que dit ce son ? C’est assez difficile à transcrire. Il dit quelque chose comme : « maintenant tu perçois, ne rate pas cette chance ». J’imagine qu’il faut un peu de pratique de la langue « douleur et souffrance » pour tenter une transcription, même partielle. J’ai du bol, même plusieurs, ça j’ai eu, assez pour tenter de.

Pour être tout-à-fait honnête, et même si je ne pourrais jamais faire la liste exhaustive de tous les facteurs nécessaires, au sens philosophique du terme « qui ne peut ni ne pas être ni être autrement », il y a quand même un élément crucial. Pour moi cet élément a un nom de référence : Blanche . Mais il peut varier selon les individus.

L’idée est surtout de se sentir assez « protégée » pour se laisser à autant d’auto-expérimentations que nécessaires pour atteindre un point de perception plus loin. Et à la fin, c’est toujours Blanche qui masse.

Bref, ce matin, en me levant, ayant toujours un peu moins mal que la veille, je me suis dit « allez, ponds moi ce foutu texte qu’on puisse passer à autre chose… ».

Comme je n’ai pas d’instruction, mais juste un mot en boucle dans ma tête depuis 2 ou 3 jours, je commence par l’étymologie. Je ne trouve pas ce que je veux, par contre je trouve son mot-couple, en tout K dans la langue française : souffrance. Je cherche un peu, mal, mais je cherche un peu, mal.

Dès la première googlérisation, je tombe dans les premiers résultats de recherche sur un article posté sur cairn. J’ai toujours plutôt tendance à faire confiance à ce site tout en me rappelant de vérifier les sources. Le titre de l’article est plutôt aguicheur pour moi à ce moment-là : « Souffrance et douleur : du latin au français… vers l’humain ! ».

Allez, hop, petit-dèj : je me mets à le déguster. Hop, arrêt première ligne : « Je ne suis pas nominaliste. Mais je sais qu’il n’existe pas de pensée sans mots et donc que… ». Ah ben oui mais non. Ca va pas le faire. Déjà une phrase qui commence par « je ne suis pas…mais… », voilà quoi, vous pouvez mettre ce que vous voulez dans les trois petits points, on sent le truc arriver. Donc « pas de pensée sans mot », je ne peux pas lire la suite, j’ai essayé, mais je suis revenue directe sur la première phrase. Nan, je peux pas.

Je me souviens m’être dit « ouh là, celui-là, je vais me le faire… », mais avec un peu de travail sur Soi depuis 5 ans, j’ai quand même réussi à glisser un peu d’espace entre la pensée et l’acte. Déjà, regarder qui est le monsieur, je ne le connais pas. Ah…prof à l’école des Chartes. Merdre. J’aime bien moua, l’école des Chartes. Même si je me souviens jamais très bien ce que c’est, je sais que c’est « important », l’école des Chartes. Bon, on va y aller mollot alors. Retentons la recherche « pensée sans mot » dans gogole, re-lien cairn, ouf, je suis soulagé, je clique : « Pour les neurologues, l’existence d’une pensée sans langage apparaît de jour en jour plus évidente et déterminante dans la vie mentale. ». Peut être le premier article datait-il un peu, ne pas juger, ne pas juger, chercher : Charlet, J. (2018) . Souffrance et douleur : du latin au français… vers l’humain ! Dans Pitaud, P. (dir.), Gérontologie : aux portes de la souffrance. ( p. 17 -28 ). Érès. https://doi.org/10.3917/eres.pitau.2018.01.0017. Arf, même pas, 2018, c’est po vieux ca. Et le deuxième ? Laplane, D. (2001) . La pensée sans langage. Études, Tome 394(3), 345-357. https://doi.org/10.3917/etu.943.0345. Arf. C’est pire, le deuxième est plus vieux que le premier.

En même temps, on va pas parler de révolution non plus, dès les 4emes et 5emes lignes : « La thèse ici défendue est qu’une pensée ne peut être complète sans l’intervention du langage, mais qu’elle existe largement préformée sur un mode non verbal et que le langage participe, de ce fait, à son parachèvement. ».

Parachèvement.

Je vais pas m’en sortir de mon violon aux cordes à moitié cassées ce matin…

Roh, ça se trouve les deux sources ne sont pas fiables épicétout.

Qu’est-ce-que je voulais dire déjà ?

Ah que j’ai moins mal, là, maintenant que j’ai écrit tout ça…

Doux-leurre(s).